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Puisque les hypothèses ici résumées (réalisme physique et séparabilité)
ont été défendues par Einstein lui-même, on ne peut mieux faire que de
lui donner la parole :
Si l'on se demande ce qui, indépendamment de la
théorie quantique, caractérise le monde des idées de la
physique, ce qui frappe tout d'abord, c'est que les concepts
de physique se rapportent à un monde extérieur, autrement dit, on
se fait une idée au sujet des choses (corps, champs,... etc) qui
revendiquent une ``existence réelle'' indépendante du
sujet de la perception, ces idées étant, par ailleurs, mises
en rapport de la façon la plus sûre possible avec les
impressions des sens. De plus, ce qui caractérise les choses de
la physique, c'est qu'elles sont pensées comme étant
rangées dans un continuum d'espace-temps. Et, ce qui
parait essentiel dans cet arrangement des choses introduites en
physique, c'est qu'à un moment donné ces choses revendiquent une
existence autonome dans la mesure où elles se trouvent
dans des parties différentes de l'espace. Sans cette
hypothèse d'existence autonome (un être-ainsi) des
choses spatialement distantes -- hypothèse issue, à
l'origine, de notre expérience de tous les jours --, la
pensée physique, au sens qui nous est habituel, serait impossible.
On ne voit pas non plus comment, sans cette disjonction bien
nette, il serait possible de formuler des lois physiques et de les
vérifier. La théorie du champ a développé à l'extrême
ce principe, dans la mesure même où les choses
élémentaires, existant de façon indépendante les unes des
autres, sur lesquelles elle se fonde, ainsi que les lois
élémentaires qu'elle postule pour celles-ci, y sont
localisées à l'intérieur d'éléments spatiaux (à quatre
dimensions) infiniment petits.
L'idée qui caractérise l'indépendance relative des choses distantes
spatialement (
et
) est la suivante : toute influence extérieure
s'exerçant sur A n'a aucun effet sur B qui ne soit médiatisée. Ce
principe est appelé ``principe des actions par contiguïté'' et
seule la théorie du champ en a fait une application conséquente. L'abolition
complète de ce principe fondamental rendrait impensable l'existence de systèmes
(quasi-)fermés et donc l'établissement de lois empiriquement vérifiables,
au sens habituel du terme.
Einstein Dialectica Vol. II, pp.320-324 (1948).
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On notera soigneusement que cette indépendance entre deux événements de
l'espace-temps a été démontrée par Einstein lui-même comme
conséquence de sa théorie de la relativité restreinte, et que cette
indépendance concerne seulement deux événements séparés par un
intervalle du genre espace.
Par ailleurs, dans une lettre à M. Born datée du 12 janvier 1954, Einstein
postule la localisation des systèmes physiques.
Tout système est à chaque instant (quasi-)localisé relativement à ses
macro-coordonnées. Si tel n'était pas le cas, il serait manifestement
impossible de décrire approximativement l'univers à l'aide de
macro-coordonnées (principe de localisation).
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Ces deux citations résument trois principes fondamentaux postulés par
Einstein :
Le postulat du réalisme physique ,
Le postulat de localisation,
Le postulat de séparabilité.
et Einstein en déduit un critère de réalité qu'il
énonce ainsi :
Si, sans perturber le système en aucune façon, nous
pouvons prédire avec certitude (c'est-à-dire avec une probabilité
égale à 1) la valeur d'une grandeur physique, alors il existe un
élément de réalité physique correspondant à cette grandeur
physique.
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Autrement dit, le système physique possède, à un instant
, cette propriété
(valeur de cette grandeur physique) si, sans agir sur le système (et donc sans le
perturber et donc sans éventuellement lui donner cette propriété)
on peut à un instant ultérieur
quelconque vérifier que cette
grandeur physique a bien la valeur prédite. Effectivement, c'est bien ainsi qu'un
tout jeune enfant construit sa croyance en la réalité du monde extérieur
quand il trouve toujours (c'est-à-dire avec une probabilité égale à 1), quand
il le veut (c'est-à-dire à un instant
quelconque) et avec les mêmes
propriétés (couleur,... etc) le jouet qu'il cherche, sans évidemment
l'avoir fabriqué lui-même (c'est-à-dire sans avoir perturbé ou avoir agi sur le
système).
Ce critère de réalité ne peut être opérationnel que si on peut être
assuré de ne pas perturber le système considéré. Grâce aux postulats de
localisation et de séparabilité, il suffit pour cela d'en être
suffisamment éloigné.
Dès lors dans un article paru en 1935V5 Einstein prétendit
démontrer que la mécanique quantique n'était pas une théorie complète. Il
confirmait ainsi ce qu'il avait écrit à M. Born le 4
décembre 1926 :
La mécanique quantique force le respect. Mais une voix intérieure me dit que ce n'est pas
encore le ``nec plus ultra''. Le théorie nous apporte beaucoup de choses, mais
elle nous rapproche à peine du secret du Vieux. De toute façon, je suis
convaincu que Lui, au moins, ne joue pas aux dés.
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Arnaud Balandras
2005-04-02