Effectuer une mesure sur un système
, c'est nécessairement le mettre en
interaction avec un appareillage expérimental macroscopique
et donc
détruire son isolement. Or, précisément, un tel isolement a été
supposé dans l'énoncé du premier postulat.
On peut légitimement se demander si, du fait de cette interaction, le premier
postulat va demeurer utilisable. Effectivement nous rencontrons ici déjà
le problème de la mesure en mécanique quantique, qui est le problème le plus difficile
posé par l'interprétation du formalisme. Ce problème ne sera abordé que
dans le dernier chapitre de cet ouvrage. Disons déjà qu'aucune solution
satisfaisante n'a encore été trouvée, et que ce problème est encore la
source de nombreux paradoxes apparents.
Pour éviter des interprétations prématurées qui se
révèleraient facheuses, il est utile d'annoncer, en les
résumant, certaines conclusions qui seront établies
ultérieurement. Précisons donc que, durant l'interaction,
l'état quantique du système mesuré
ne peut plus être
représenté par un vecteur ket. Le système global (système étudié
plus l'appareillage
) constitue durant l'interaction un
tout inséparable et c'est seulement l'état quantique de
ce système global
qui pourrait être
représenté par un vecteur ket. Toutefois, si cette interaction
est aussi une mesure, par exemple la mesure d'une variable
dynamique
attribuée au système étudié
,
l'acquisition du résultat obtenu
a pour effet de
briser l'entremêlement de
et de
. Au terme de
cette mesure, l'état quantique du système étudié
peut
à nouveau être représenté par un vecteur ket dont la
détermination fera l'objet du postulat IV ultérieur. Pour le
moment, nous reporterons à plus tard l'analyse du processus de
la mesure et nous considérerons seulement l'aspect purement
opérationnel du postulat III.
Pour la première fois ici le formalisme va dévoiler son utilité. Au tout début, il a été affirmé que toute théorie physique doit d'abord être capable de prévoir le déroulement des phénomènes et donc les résultats des observations ultérieures. Le codage que supposent réalisé les postulats I et II n'a donc de signification que s'il permet d'être décodé, c'est-à-dire de répondre à la question fondamentale suivante :
Si le système étudié
se trouve dans un état quantique bien
déterminé
et représenté par la vecteur ket
et si, sur ce
système placé dans cet état, on mesure une variable dynamique
représentée par son observable image
, quel sera le résultat de la
mesure ?
Avant de répondre à cette question, il est bon de rappeler à nouveau quelques exemples de phénomènes expérimentaux, qui manifestent le comportement aléatoire des objets microscopiques.
Considérons donc à nouveau l'expérience du cristal de tourmaline ou celle des deux fentes de Young, et imaginons que chacune de ces deux expériences soit effectuée avec un seul photon ou un seul électron émis par la source. Nous avons déjà remarqué que :