L'espace
invoqué par le postulat I doit être un espace de Hilbert
complet et séparable. Ces qualificatifs signifient que cet espace est doté
des propriétés mathématiques qui peuvent être résumées simplement
ci-après, d'une manière plus adaptée à leur utilisation future.
est un espace vectoriel défini sur le corps
des nombres complexes. Tout élément de
est
appelé vecteur ket ou simplement
et noté
ou
ou
ou
...
Le nombre de dimensions de
peut être infini et il
existe alors des ensembles dénombrables de kets
, appelés
, tels que :
![]() |
|||
![]() |
Cette propriété mathématique de décomposition d'un vecteur sur une base jouera dans le formalisme quantique un rôle capital car c'est elle qui permet d'exprimer mathématiquement le principe de superposition des états.
L'ensemble
des formes linéaires notées
,
,
etc appliquées aux éléments de
et à valeurs dans
tel que :
![]() |
![]() |
peut être doté des lois de composition interne :
![]() |
![]() |
qui font de
un autre espace vectoriel qui a
le même nombre de dimensions que
. Le nouvel espace
vectoriel
s'appelle l'espace dual de
et ses éléments notés
,
etc sont
appelés vecteurs bras ou ``
''.
Il existe une correspondance
entre
et
de
telle sorte qu'à tout bra
de
correspond un ket noté
de
et vice-versa :
![]() |
Cette correspondance est anti-linéaire ce qui signifie :
![]() |
Tout état physique peut donc être codé indifféremment par
des kets
ou les bras images
est alors doté d'un produit scalaire qui, à
deux vecteurs ordonnés
et
de
fait
correspondre un élément noté
de
:
![]() |
et dont la notation précise qu'il s'agit de la valeur prise par le bra
sur le ket
et donc d'une application bi-linéaire de
dans
. En raison de la correspondance
anti-linéaire entre
et
ce produit scalaire est
linéaire par rapport au ket
et linéaire par rapport au bra
et donc antilinéaire par rapport au ket
.
![]() |
![]() |
Le produit scalaire est défini positif dans
. De
ce qui précède il résulte que
et
sont fonctions linéaires de
et antilinéaires de
. Il peut donc être postulé que ces deux quantités sont
égales :
![]() |
d'où quel que soit
![]() |
Enfin l'espace
est choisi tel que la norme
de tout vecteur
est strictement
positive, c'est-à-dire telle que :
![]() |
désignant l'élément neutre de l'espace
.
Il a déjà été dit combien est capitale la propriété de
décomposition d'un vecteur ket sur une base dénombrable :
![]() |
car c'est elle qui permet d'exprimer le principe de superposition. Néanmoins
cette propriété doit être elle-même généralisée pour que l'espace
des états puisse constituer un cadre suffisant au formalisme
quantique.
En effet, considérons par exemple la représentation
électromagnétique qu'il y a lieu de donner à un photon en
mouvement dans l'espace. Puisque ce photon décrit un paquet
d'énergie approximativement localisée, la physique
classiqueI12 représente cet état
par un potentiel vecteur
ou les champs
électriques
et magnétiques
qui ne prennent de valeurs sensibles que dans
cette région très réduite de l'espace physique où se trouve
approximativement localisé ce grain d'énergie, c'est-à-dire le photon.
Mathématiquement cela implique que ces fonctions vectorielles ou plutôt
chacune de leurs composantes, par exemple
, soit de la forme :
![]() |
où
désigne la partie réelle de la
parenthèse qui suit.
Chacune des exponentielles sous le signe d'intégration décrit
une onde plane monochromatique
à laquelle
correspondI13 un état d'impulsion
et donc d'énergie bien définie du photon :
![]() |
La fonction
décrit donc un paquet d'ondes planes. Si le champ (et donc
le photon) est polarisé dans une direction fixe
:
![]() |
de telle sorte qu'avec la correspondance :
![]() |
|||
![]() |
|||
![]() |
le paquet d'ondes classiques est transposé en une superposition quantique :
![]() |
ou encore plus généralement, si l'état de polarisation
est lui-même décomposé en la somme vectorielle de deux états de base de
polarisation
et
:
![]() |
On remarque que le nombre de vecteurs de base indépendants
est égal à deux fois
le nombre de valeurs distinctes du triplet
. Or ce
nombre est infini avec la puissance du continu. Plus
généralement il apparaitra ultérieurement qu'il en est de
même pour toute particule, dès lors qu'elle n'est pas
enfermée dans une région limitée de l'espace physique.
D'une façon tout à fait générale, quand toutes les
propriétés d'un système physique sont prises en compte, et même
quand il s'agit du système physique le plus simple imaginable (par
exemple une particule comme on vient de le voir) la dimension de
l'espace des états n'est plus dénombrable comme elle doit
l'être pour un espace de Hilbert. Cet espace des états a une
infinité continue de dimensions en même temps que de vecteurs
de base indépendants. Un tel espace est donc une extension
d'espace de Hilbert. Ses vecteurs de base sont alors repérés
par un ou plusieurs indices continus,
,
,... réels,
comme l'étaient les états d'onde plane
considérés précédemment,
c'est-à-dire dont les valeurs varient dans des intervalles
(éventuellement
) de telle sorte que :
![]() |
ce qui constitue une généralisation de la décomposition habituelle d'un
vecteur sur une base discrète :
![]() |
et de même que l'on obtient dans le cas d'une telle
base orthonormée
:
![]() |
il faut pouvoir écrire dans le cas d'une base
continue :
![]() |
avec la notation conventionnelle :
![]() |
où le second membre, appelé delta de Dirac,
remplace le delta de Kronecker qui apparaît au second membre de
la relation d'orthonormalisation d'une base discrète :
![]() |
Le delta de Dirac
dépend des deux variables continues
et
. Toutefois, on peut montrer que ce n'est pas une fonction de ces
deux variables. Il n'existe en effet aucune fonction
qui
permette de satisfaire la relation postulée ci-dessus :
![]() |
Il existe seulement des suites de fonctions
telles que :
|
|
Le delta de Dirac représente un nouvel être mathématique dont Dirac a postulé l'existence pour pouvoir assurer la cohérence du formalisme. Les mathématiciens ont ensuite défini et étudié les propriétés de ces nouveaux êtres qui sont aujourd'hui appelés des distributions.
Pour la suite, il suffit de savoir que le delta de Dirac figure toujours sous un
signe d'intégration et qu'il a la signification opérationnelle :
![]() |
quelle que soit
et notamment :
![]() |
Si toutefois, on considère la suite de fonctions
on est
tenté d'écrire en comparant les deux expressions précédentes de
et en admettant à tort que la limite de l'intégrale est égale à
l'intégrale de la limite :
![]() |
désignant alors une fonction de
nulle partout
sauf au point
où sa valeur est infinie, mais pour une telle
fonction, nulle presque partout :
![]() |
Ainsi le delta de Dirac n'est pas une fonction limite des
fonctions
quand
. Ce delta de
Dirac n'a de sens que quand il figure sous un signe
d'intégration, et ce sens est opérationnel : il réalise
immédiatement l'intégration. Toutefois, compte tenu de la
relation entre ce delta de Dirac et la suite des fonctions
on peut écrire formellement :
![]() |
![]() |
![]() |
Il en résulte donc que les vecteurs kets dépendants d'une base continue ne sont pas normalisables et l'espace vectoriel qu'ils engendrent est donc une extension d'espace de Hilbert et qui resterait à définir mathématiquement.
Nous verrons plus tard que seuls les vecteurs normés ou normalisables peuvent représenter des états physiques. Les vecteurs non normalisables constituent principalement des objets mathématiques utiles mais peuvent correspondre à des états physiques limites et donc inaccessibles.
En effet, il apparaîtra dans la suite qu'un vecteur ket tel que
représente un état physique dans lequel la particule
considérée est localisée parfaitement en un point
mathématique de coordonnées
(
désignant globalement
les trois coordonnées spatiales
). Nous savons par
application des relations d'HeisenbergI14que :
![]() |
de telle sorte que dans un tel état, s'il pouvait être réalisé,
l'impulsion de cette particule serait totalement indéterminée :
![]() |
Cependant, à partir de ces vecteurs kets
représentatifs d'états limites inaccessibles, on peut
construire par superposition linéaire des kets
représentatifs d'états physiques dans
lesquels nous verrons que la particule est approximativement
localisée soit par exemple dans un intervalle de longueur
aussi petit que l'on veut et centré sur un point de
coordonnées
:
![]() |
désignant une fonction nulle partout sauf
dans l'intervalle
où sa valeur bornée peut être
quelconque, de telle sorte que si les intervalles
sont égaux et couvrent l'axe réel, en se juxtaposant
:
![]() |
Notamment si on choisit une fonction
telle que :
![]() |
on obtient finalement :
![]() |
et on pourrait écrire alors :
![]() |
Néanmoins il est plus commode d'utiliser les vecteurs kets
non normalisables comme si ils constituaient une base
mathématique et d'utiliser les deltas de Dirac sous des signes
d'intégration en tant qu'outils opérationnels. On notera, par
exemple, la correspondance entre l'expression classique du paquet
d'onde considéré précédemment et sa transposition
quantique. L'état du photon est codé par un ket
normalisé (
) grâce aux
fonctions
mais les états d'ondes planes qui
ne sont pas réalisables physiquement sont codés par des kets
non normalisables.
Question 1-1 : Soit une suite de n vecteurs
supposés normalisables
et linéairement indépendants. En déduire et construire une
base orthonormée de vecteurs
tels que
Question 1-2 : Démontrez que si
alors :
![]() |