Il résulte du codage exprimé par le postulat I que les états physiques
peuvent se superposer ou s'ajouter comme le font les vecteurs kets qui les
représentent dans l'espace vectoriel
. Bien que cette
superposition quantique des états apparaisse parfois comme une transposition
fidèle de la superposition classique, sa signification physique, maintenant
précisée par les postulats III et IV, est tout à fait originale,
irréductible au point de vue classique et source d'extraordinaires paradoxes,
quand elle est mal comprise.
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Il en résulte que la décomposition est arbitraire et que les
états composants
et
ou
et
n'ont, a priori, aucune relation
privilégiée avec l'etát
.
Par contre, quand il y a mesure, la décomposition précédente doit être
choisie en fonction de l'observable mesurée, c'est-à-dire de l'appareillage
utilisé. Par exemple si on mesure la composante
de la polarisation du
photon dans une direction donnée
, il y a lieu de choisir cette direction
pour direction de l'axe
:
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et on vérifiera sur cet exemple l'illustration de l'énoncé général suivant.
Soit un système supposé placé dans un état
représenté quantiquement
par le ket :
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D'un point de vue classique, on serait tenté d'interpréter une telle
superposition en considérant que les propriétés (c'est-à-dire les résultats de
mesure) du système sont d'une certaine manière intermédiaires entre
celles correspondant aux états composants
et
. Dans l'exemple
précédent :
et c'est bien ce qui est observé d'un point de vue classique, si
désigne le flux d'énergie transmis, quand on admet que celui-ci est porté par
des ondes électro-magnétiques et non par des photons.
Du point de vue quantique, il n'en est pas ainsi. S'il existe une grandeur physique
qui, mesurée sur le système dans l'etat
, fournit toujours
le résultat
, sa mesure sur le système dans l'état
ne fournira pas
un résultat
intermédiaire, en ce sens que l'on aurait :
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et ceci, tout d'abord pour la raison essentielle que la
mesure de
sur l'état
ne fournit pas toujours le même
résultat, et donc que
n'existe pas. La mesure de
sur l'état
fournira parfois
et parfois
avec des probabilités respectives
et
, c'est-à-dire dépendant des poids relatifs
et
des états
et
dans la décomposition.
Le résultat de la mesure n'est pas intermédiaire. C'est la
probabilité d'un résultat, par exemple
(soit
) qui dans l'état
est intermédiaire
entre ce qu'elle vaut dans l'état
(soit 1) et ce qu'elle
vaut dans l'état
(soit 0) :
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La signification du signe + dans la décomposition quantique d'un état est donc très différente de ce qu'elle est dans la physique classique.
Plus généralement, toute variable dynamique d'un système classique est, à
chaque instant, fonction de ses variables de position
et de ses variables
d'impulsion
de telle sorte que l'état instantané de ce système peut
être représenté par un point
de coordonnées
dans l'espace
des phases
de ce système. Dire alors que ce système possède une
certaine propriété, par exemple
, c'est dire que ce point
appartient à un sous-espace
caractérisé par :
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Cette condition est à la fois nécessaire et suffisante. Il est donc
impossible de trouver ce résultat :
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L'analogue quantique de cette propriété consiste à affirmer que si
l'observable
est mesurée, on trouvera avec certitude le résultat
et cette propriété implique que le vecteur ket
représentatif de l'état du système appartient au sous-espace
associé
à la valeur propre ``
'' éventuellement dégénérée :
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On notera toutefois que le système possède la propriété
seulement si l'observable
est mesurée et le
résultat
est trouvé. Dire que
implique seulement une
prévision qui n'est réalisé que si la mesure
correspondante est effectuée. En effet, la propriété
ne peut être une propriété intrinsèque de
l'objet étudié, mais une propriété de cet objet quand il
est mis en interaction avec l'appareillage spécifique qui permet
de mesurer cette observable
. Les mesures ne portent pas sur
des qualités ou des sortes de propriétés qui viendraient
habiller la substance nue d'un objet indépendant.
Les mesures portent sur des résultats d'interaction. Sans
interaction, pas de résultat et donc pas de propriété
effective.
Par ailleurs, on notera également que, en opposition au point de
vue classique, la mesure de
peut fournir le
résultat
sans que nécessairement
. La condition est suffisante mais elle
n'est pas nécessaire. Il suffit que le ket
ait une
projection non nulle dans
.
Considérons maintenant le cas où on sait seulement que le système étudié se
trouve dans un état
tel que la mesure d'une grandeur physique
fournira avec une probabilité égale à 1 l'un ou l'autre de deux résulats
possibles :
ou
(mais parfois
et parfois
).
D'un point de vue classique ceci implique que le point représentatif de
l'état
dans l'espace des phases appartient à la réunion des
sous-espaces
et
:
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D'un point de vue quantique ceci implique que le vecteur ket
peut
s'écrire :
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avec :
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et donc appartient au plus petit espace vectoriel qui
contient les deux sous-espaces
et
et
donc appartient à la somme directe de
et
:
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car la réunion de deux espaces vectoriels n'est pas un espace vectoriel.
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bien que, à la suite d'une mesure de
, on trouvera
nécessairement :
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Ainsi, pouvoir affirmer qu'après mesure on trouvera nécessairement
n'implique pas qu'avant mesure,
soit nécessairement égal à
ou à
. Par exemple,
dans le cas de l'expérience des deux fentes de Young, pouvoir affirmer et donc
savoir que si on observe la traversée de l'électron ou du photon à
travers les fentes, on trouvera nécessairement que cette traversée a eu lieu
à travers l'une ou l'autre de ces deux fentes n'implique pas qu'en
l'absence d'observation il en soit bien de même. Bref, c'est la mesure qui
donne à l'observable sa valeur.
En résumé, le fait qu'un système soit toujours trouvé à la suite d'une
certaine mesure (mesure d'une observable
par exemple) dans l'un de deux
états possibles d'un ensemble (les états propres de
) n'implique pas qu'avant
cette mesure, le système se trouvait déjà effectivement dans l'un ou dans
l'autre de ces deux états. Il ne se trouvait ni dans l'un, ni dans l'autre
bien qu'il soit toujours trouvé dans l'un des deux. D'un point de vue
classique, cette situation parait très paradoxale, mais le paradoxe disparait
si le vecteur ket ne prétend pas décrire l'état d'un système non
observé, mais constitue seulement le catalogue de ses potentialités
d'observation. Une première justification de cette interprétation minimale,
consiste à remarquer qu'il existe une infinité de décompositions
spectrales distinctes d'un même vecteur ket, et que chacune d'entre elles
n'est qu'opérationnelle, et choisie en fonction de l'observable qui va être
effectivement mesurée. Par suite les états qui figurent dans chacune de ces
décompositions ne sont donc que des états potentiels.