Ainsi, choisir une représentation du formalisme de la mécanique quantique,
c'est choisir un Ensemble Complet d'Observables qui Commutent (ou
E.C.O.C.). Il existe donc une très grande variété de
représentations possibles dans l'espace des états du système physique
étudié. Si le spectre des valeurs propres de chacune des
observables de base est discret, la base est dénombrable. Les
vecteurs
sont alors représentés par la suite
discrète et dénombrable de leurs composantes
et les
opérateurs linéaires
par leurs éléments de matrice
, de telle sorte que sur une telle base, la mécanique quantique prend la
forme d'une mécanique des matrices. Ce fût notamment la
première forme donnée par Heisenberg en 1926. Si, au
contraire, le spectre des valeurs propres de chacune des
observables de base est continu, chaque vecteur ket
est
représenté par sa fonction d'onde image
et les
opérateurs quantiques seront représentés par des
opérateurs fonctionnels. Cette deuxième forme de
représentation par des fonctions d'onde fût notamment celle
proposée, également en 1926, par Schrödinger et initialement
appelée pour cette raison mécanique ondulatoire.
Ces deux représentations mathématiques, matricielle et ondulatoire, paraissaient initialement si différentes que l'on put croire un moment qu'elles désignaient deux théories physiques différentes, et d'autant plus que les observables de la représentation matricielle mettaient en évidence les valeurs propres quantifiées et les sauts quantiques discontinus, tandis que la représentation ondulatoire semblait gommer ces discontinuités et retrouver la continuité classique. Ce fût Schrödinger qui montra très vite l'équivalence de ces deux représentations, et Dirac qui donna ensuite de toutes ces représentations possibles la fomulation abstraite développée dans ce chapitre, et qui en révèle la structure mathématique commune.
On a déjà remarqué ci-dessus que la plupart des mesures des grandeurs
physiques sont indirectes. Elles mettent un jeu un appareillage et les
observations effectives faites finalement sur cet appareillage sont des mesures
de longueur ou de position. On notera donc peut-être avec étonnement que
dans le formalisme quantique les observables de position du type
par exemple, ne jouissent d'aucun statut privilégié parmi les autres
observables.
Plus profondément, et en ce qui concerne les implications conceptuelles fondamentales de la mécanique quantique, on remarquera que, tandis que dans la mécanique classique l'espace constitue le cadre naturel et obligé des phénomènes, au contraire dans la mécanique quantique l'espace de référence est purement mathématique et les variables d'espace ne jouissent d'aucune primauté.