1- Il y a lieu de remarquer de suite le rôle essentiel joué en
mécanique quantique par les nombres complexes. Dans la physique classique ceux-ci
constituent seulement des outils mathématiques commodes, mais
dont on pourrait se passer. Au contraire, l'existence du corps
des nombres complexes est nécessaire à la
formulation même de la mécanique quantique. Et pourtant ces nombres ont
été initialement appelés imaginaires comme s'ils
n'avaient aucune pertinance dans le monde réel des
phénomènes !
2- Après lecture de ce premier postulat, une première question
vient immédiatement à l'esprit : comment déterminer le ket
qui doit coder l'état physique
? Or nous
avons déjà ditI10 qu'un état physique
est réalisé au moyen d'une préparation, qui consiste
à mesurer ensemble un ensemble maximal de
grandeurs physiques
etc compatibles, et à chaque ensemble de
résultats de mesure obtenus
etc correspond un
état physique bien défini. Le vecteur ket
associé
à cet état
sera donc lui-même caractérisé par ces
nombres réels :
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3- L'espace
considéré est un espace purement
mathématique qui n'a aucune relation avec l'espace physique à trois dimensions
dans lequel les phénomènes physiques sont observés.
4- L'espace
est associé au système physique
étudié
et change avec ce système. Il n'existe donc pas un seul espace
mais autant d'espaces
que de systèmes
et le nombre de dimensions de l'espace
(en
général infini !) dépend de l'étendue de l'étude plus ou moins
approfondie qui est faite de ce système. Quand on étudie seulement une partie
des propriétés du système physique
, le nombre de dimensions de
peut être fini.
5- Bref, l'espace
est simplement un
outil mathématique qui permet de réaliser le codage
annoncé. Il ne peut prétendre à aucune réalité
qui viendrait se substituer d'une manière ou d'une autre à
celle des phénomènes observés.
6- La correspondance ainsi postulée entre les états
d'un système physique
et les vecteurs kets
d'un
espace mathématique
réalise une première
partie du codage annoncé. Quelle en est la signification et
quelle en est la portée ?
Tout d'abord, il y a lieu de souligner que ce codage s'insère dans un formalisme mathé-matique, dont la fonction est d'abord prévisionnelle. Il est présomptueux de prétendre que ce formalisme, même quand il se révèle parfaitement efficient constitue aussi une représentation de la réalité physique . On serait alors amené à exiger de la théorie, pour qu'elle soit complète, que chaque élément de cette réalité ait une contre-partie image dans ce formalisme. Il serait toutefois difficile de préciser quels sont les éléments de cette réalité.
Si ces éléments sont seulement des observations, la théorie
est complète dès lors qu'elle permet de répondre à toute
question concernant leur prévision, et c'est le cas de la mécanique quantique.
C'est donc par abus de langage que l'on dit habituellement, comme
ci-dessus, que le ket
représente l'état physique
ou en est l'image. Rappelons ici l'allégorie des trois
mulets. C'est une plate évidence de faire remarquer qu'un mulet
ne peut être assimilé à un vecteur force ! ni plus ni moins
qu'un état physique ne peut l'être à un vecteur ket ! Il est
donc plus raisonnable de considérer que ce vecteur ket code
seulement l'information maximum qui peut être associée à cet
état et qui permet de faire des prévisions. Ce vecteur ket
code donc le catalogue de ses potentialités.
7- En général l'état physique
évolue spontanément au
cours du temps et s'appelle donc un état d'évolution
. Son image mathématique dans l'espace
sera
alors un vecteur
lui-même dépendant
également du temps. L'étude de l'évolution temporelle du ket
est renvoyée au chapitre IV. Pour commencer, au
cours de ce chapitre et du suivant, nous considérerons le système
à un instant
.
8- Il résulte des considérations préliminaires et de l'énoncé même du postulat qu'un vecteur ket code seulement l'état d'un système physique isolé. Un tel système serait inobservable puisque toute observation implique une interaction avec un appareillage de mesure. Le codage de l'état par un vecteur ket n'est donc effectif que pendant l'intervalle de temps qui sépare deux observations consécutives. La situation créée par l'observation ou la mesure fera ci-après l'objet du postulat III.
9- Plutôt que de représenter des états physiques abstraits, ces kets constituent des outils mathématiques qui permettront de rendre compte des relations observées entre des mesures expérimentales effectives. A l'instar d'une algèbre, la mécanique quantique concerne bien plus les corrélations que les corrélats.