Ce principe porte à son paroxisme l'antagonisme entre la mécanique quantique et la mécanique classique. Son application semble conduire à de tels paradoxes que pour les éviter, sa signification est encore aujourd'hui controversée, et que parfois même sa nécessité est contestée. Une telle controverse est d'autant plus surprenante que ce nouveau principe n'en est pas réellement un, puisqu'il peut apparaître très légitimement comme une simple conséquence, bien que capitale, du premier principe de Born.
Ce principe va constituer un quatrième postulat qui a pour objet de préciser quel est le vecteur ket représentatif de l'état d'un système physique, immédiatement consécutif à une mesure qui vient d'être effectuée.
Du point de vue de la physique classique, la question précédente ne se pose même pas, puisqu'une mesure classique idéale est une mesure qui ne perturbe pas le système observé et le laisse donc dans un état final identique à son état initial. Toutefois, cette thèse classique n'est plus soutenable, ni d'un point de vue expérimental, ni d'un point de vue théorique.
D'une part, du point de vue expérimental, certaines
expériences, déjà examinées précédemment,
notamment celle du cristal de tourmaline, nous ont
révélé que la mesu-
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Parmi ces photons qui initialement étaient polarisés dans une
direction quelconque
, ceux qui traversent le cristal en
sortent polarisés dans la direction
, c'est-à-dire dans la direction
qu'ils auraient dû avoir pour traverser à coup sûr ce
cristal. Ainsi la direction de la polarisation a tourné alors
d'un angle fini
. L'état final de
polarisation d'un photon n'est plus du tout le même que son
état initial. On peut encore appeler perturbation ce
changement d'état, mais il est essentiel de remarquer que cette
perturbation n'est pas susceptible d'être minimisée. Elle
n'est pas due à une défectuosité de l'appareillage. Elle est
irréductible, dans la nature des choses. Le formalisme
quantique se doit donc de préciser quelle est cette
perturbation, c'est-à-dire de préciser quel est le ket représentatif
de l'état final consécutif à une telle mesure.
D'autre part, d'un point de vue théorique, on peut dire que le
premier principe de Born prévoit le changement d'état qui vient d'être
constaté et en détermine même le résultat. En effet, puisqu'un état
quantique n'est qu'un catalogue de potentialités, tout changement de ce
catalogue implique un changement d'état correspondant.
Or, à moins de considérer les mesures physiques comme un immense jeu de hasard, qui ferait de chaque mesure un nouveau lancé de dés de telle sorte que l'information apportée par une telle mesure serait inutile, puisqu'elle serait ensuite immdiatement périmée, il faut bien admettre qu'une deuxième mesure identique, c'est-à-dire concernant les mêmes grandeurs physiques et immédiatement consécutive, ne peut que confirmer l'information acquise par la première mesure. Celle-ci a donc eu pour effet de réduire la liste initiale éventuellement complète des résultats possibles et donc, en tronquant le catalogue de potentialités évoqué ci-dessus, de changer l'état physique lui-même.
Mesurer c'est s'informer, et changer l'information concernant un état physique, c'est changer le vecteur ket représentatif de cette information. C'est donc finalement changer l'état physique lui-même, puisque ce ket en donne une représentation complète.
Précisément, nous allons constater que toutes les considérations précédentes sont prises en compte et satisfaites par le postulat suivant.